dimanche 30 juillet 2017

Aix 2017 : Erismena




L'opéra de Cavalli Erismena a été joué dans le très joli cadre du petit théâtre du Jeu de Paume qui se prête très bien à ce répertoire ne nécessitant qu'un effectif orchestral réduit (ici douze musiciens) ; ça crée une très grande proximité avec les artistes et ça installe un climat d'empathie qu'évidemment on percevra moins dans une retransmission.





On retrouve dans cette œuvre les caractéristiques de l'opéra vénitien à l'époque de Cavalli : un mélange du comique et du tragique qui se côtoient sans solution de continuité, un brouillage des identités à travers le recours au travestissement, des intrigues multiples basées sur l'ambiguïté des situations et les quiproquos. Musicalement, on remarque une utilisation très dynamique du recitar cantando, avec également des arias de toute beauté, par exemple la scène de la prison avec l'air d'Erismena O fiere tempeste, ou le lamento magnifique d'Erineo à la fin de l'acte deux : Uscite dai miei occhi, lagrime amare. Mais on pourrait en citer beaucoup d'autres !





La mise en scène de Jean Bellorini est minimaliste, mais elle a le mérite de rendre fluide et tout à fait compréhensible une action souvent compliquée (et Erismena, ce n'est pas Le Trouvère, la quasi-totalité des spectateurs devaient voir l'œuvre pour la première fois !). Les décors n'ont pas dû coûter cher : la cage de scène est nue et toujours visible, avec les techniciens sur la gauche, qui opèrent sous les regards des spectateurs, un peu comme ce que faisait McBurney pour sa Flûte qui sera d'ailleurs reprise à Aix l'année prochaine. Sur la droite, des ventilateurs qui seront actionnés par les personnages eux-mêmes pour simuler une tempête ; seuls autres accessoires des chaises de jardin usagées, une grille mobile sur laquelle vont se jucher les chanteurs à plusieurs moments et des ampoules de diverses dimensions pour figurer les vaghe stelle ; elles explosent à la fin pour accompagner les nombreuses "révélations" qui sont autant de coups de théâtre. C'est peu, mais cet aspect arte povera fonctionne très bien ! Les costumes de Macha Makeieff ont un côté "Les Deschiens chez les Mèdes" qui peut ne pas plaire, mais dans le contexte général, ça passe très bien.

Le spectacle vit surtout grâce à une troupe de jeunes chanteurs très impliqués et qui ont visiblement su créer entre eux une belle harmonie ; on sent qu'ils ont du plaisir à jouer et à chanter ensemble et c'est vraiment communicatif !
Séduisante Erismena de Francesca Aspromonte, avec une très belle voix et une belle présence.
Les deux rôles des jeunes guerriers amoureux sont tenus par des contre-ténors : l'un est plutôt élégiaque dans le style de Jaroussky, c'est le polonais Jakub Josef Orlinski, très bon chanteur au physique avantageux, mais aussi danseur étonnant : il se lance à son entrée en scène dans une démonstration de hip hop qui laisse les spectateurs médusés...
L'autre contre-ténor est davantage dans le style Fagioli, avec une voix plus puissante et très ductile : c'est le prometteur Carlo Vistoli.
A signaler aussi la prestation incroyable de Stuart Jackson, un très bon ténor, dans le rôle de la nourrice : en tailleur Chanel de contrebande, il fait un numéro digne de Fouchécourt dans l'Arnalta du Couronnement de Poppée ! Et comme physiquement, c'est un sosie de John Goodman, l'un des acteurs fétiches des frères Coen, on imagine ce que cela peut donner en force comique : il vole carrément le show à plusieurs reprises !
Très beau travail dans la fosse d'Alarcon et de tous les musiciens : c'est rythmé, coloré, subtil et plein d'enthousiasme là aussi très communicatif. Bref, une très belle découverte !





On peut voir ou revoir la captation du spectacle en cliquant sur ce lien.


Les photos sont de l'auteur du blog. Utilisation permise avec mention de la source.

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