mardi 1 août 2017

Siberia (Montpellier, samedi 22 juillet 2017)




On se demande bien pourquoi ce Siberia d'Umberto Giordano, donné au Corum de Montpellier (Opéra Berlioz) dans le cadre du festival de Radio France Occitanie, est tombé pratiquement dans l’oubli et ne figure plus au grand répertoire des maisons d’opéra depuis sa première représentation à la Scala en 1903 et sa reprise en version française à Paris en 1905. On retrouve d’ailleurs ici une bonne partie de l’équipe qui a magnifiquement fait revivre l’année dernière l’Iris de Mascagni. 
L’action, adaptée du roman de Tolstoï Résurrection, qui inspirera aussi dans les mêmes années Alfano pour un très bel opéra (Resurrezione, donné dans ce même festival à Montpellier en 2001, et disponible en CD) se déroule à Saint-Petersbourg au premier acte, vers le milieu du dix-neuvième siècle, puis dans un camp de travail en Sibérie au deuxième et au troisième acte. 
Musicalement, l’œuvre est somptueuse avec un très beau travail sur les orchestrations (à signaler notamment le prélude qui ouvre le deuxième acte) et des chœurs splendides inspirés de chants traditionnels russes (on reconnaît notamment le célèbre chant des bateliers de la Volga prêté ici à la chaîne humaine des bagnards qui se lamentent sur leur triste sort). Vocalement, c’est aussi très beau, même si l’on ne retrouve pas tout à fait dans les airs la grande veine mélodique d’Andrea Chenier ; le trio des protagonistes est assez classique dans l’opéra vériste (on retrouvera le même schéma dans Chenier, justement) : la jeune fille coquette à la vie dissolue qui va trouver une rédemption dans l’épreuve que la vie lui impose (ici le bagne pour Stephana, et les exactions de la Révolution pour la Maddalena de Chenier) pour la soprano, le jeune homme héroïque et impétueux, d’une droiture impeccable pour le ténor (Vassili) et le personnage louche, cauteleux, maléfique et ambigu pour le baryton (Glèby). 





Dans le rôle de Stephana, à la tessiture très tendue et certainement éprouvante pour l’interprète, Sonya Yoncheva (dans une flamboyante robe rouge dans la première partie, puis toute de noir vêtue dans la seconde) est exceptionnelle : le souffle semble inépuisable et la voix a encore gagné en largeur et en intensité dramatique, avec souvent des intonations callasiennes très troublantes ; on devine déjà en l’écoutant la grande Tosca qu’elle peut être l’année prochaine au Met. 
Gabriele Viviani est un très bon Gléby, avec la noirceur, l’ambiguïté et la brutalité qui sied au personnage ; le ténor turc Murat Karahan ne démérite pas dans Vassili, mais le chant est souvent un peu forcé, avec des aigus percutants mais des faiblesses dans le médium, peu sonore, et quelques approximations dans le texte. 
Signalons aussi la très belle prestation de Catherine Carby dans le rôle de la Fanciulla, épisodique, mais dans lequel la soprano peut mettre en valeur ses qualités vocales et son engagement dramatique. 
Il n’y a que des compliments à faire au chœur de l’opéra de Montpellier renforcé par celui de la Radio Lettone, et leurs interventions sont nombreuses et très marquantes dans l’œuvre. 




Très belle direction de Domingo Hindoyan, qui comprend bien ce répertoire et sait mettre en valeur une partition riche et enflammée qu’un chef moins subtil pourrait faire basculer dans le pompiérisme, ce qui n’est pas du tout le cas ici ! 
Il n’y a plus qu’à souhaiter que cette résurrection réussie en version de concert (saluée par un public très enthousiaste) soit le prélude à une prochaine version scénique de Siberia, qui prouve que la force de l’œuvre de Giordano n’est pas uniquement concentrée dans ses deux opéras les plus représentés : Andrea Chenier et Fedora...













Les photographies sont de l'auteur du blog. Utilisation permise avec mention de la source.

1 commentaire:

  1. Merci Stefano ! Je n'ai pas pu aller à ce concert finalement, j'ai du me contenter d'en écouter la retransmission. Il n'y a plus qu'à attendre une mise en scène (avec impatience !!!)

    RépondreSupprimer