samedi 14 octobre 2017

La Norma du Met (Live HD)




Cette nouvelle production de Norma au Met ouvre la série de séances Live HD dans les cinémas que l’on est heureux de retrouver. Pour la mise en scène, on a connu David McVicar mieux inspiré : aucune transposition hasardeuse, comme l’année dernière au ROH avec la Fura del Baus, qui nous catapultait au milieu des phalangistes dans une ambiance néo-franquiste hyper-plombante ; ici, ce serait plutôt Conan le Barbare et Xena la guerrière pour les féroces Gaulois bodybuildés, bardés de cuir et recouverts de peintures de guerre. Dans les décors, tout est en place : la sacra selva sous les rayons de la lune, et pour les scènes d’intérieur une sorte de hutte plutôt cosy où Norma et Adalgisa passent leur temps à allumer et éteindre des chandelles... La gestuelle est également très signifiante, depuis les reptations simulant la transe de la prêtresse juchée sur une plateforme avant le Casta Diva (Radva s’en sort assez bien, sans trop de ridicule, mais on peut s’inquiéter pour Meade au mois de décembre...) jusqu’aux grands moments de déploration d’Adalgisa ou aux poings rageurs de Pollione. C’est certain, on n’est pas dans la distanciation brechtienne ! Cela dit, l’ensemble n’est pas laid à voir, juste un peu trop sombre pour le passage à l’écran, mais ça doit sûrement être assez évocateur sur scène. L’avantage de ce type de mise en scène hyperclassique, c’est qu’on n’est pas détourné de l’essentiel, qui est quand même l’œuvre elle-même, toujours parfaitement lisible et jamais parasitée par des "visions" plus ou moins incongrues : c’est déjà beaucoup ! Il faut aussi signaler plusieurs moments très réussis : la présence empathique d'Adalgisa près de Norma pendant l'invocation à la lune, le tableau du bûcher, d'une vraie grandeur tragique...






La distribution réunie ici est de premier ordre, évidemment, mais elle n’est pas sans failles : l’Oroveso de Matthew Rose, notamment, dont la voix de baryton manque de force et d'autorité pour le rôle d'Oroveso à qui seule une voix de basse plus sombre et plus profonde peut vraiment rendre justice. 

Après Londres l’année dernière dans la production dirigée par Pappano, Calleja confirme ici qu’il est un Pollione excellent, très engagé et viril, mais aussi capable de nuances, contrairement à certains ténors qui passent constamment en force dans ce rôle ; ici, c’est toujours très stylé, avec en particulier une scène finale admirable d’intensité. A ce niveau-là, on peut lui pardonner aisément un excès de nervosité dans sa première scène, qui lui fait louper l’aigu final de sa cabalette, resté coincé dans la gorge, alors qu’il avait fort bien donné le contre-ut de son air précédent sur Eran rapiti i sensi... 




L’Adalgisa de Joyce DiDonato est toujours de fort belle tenue, et c’est un rôle parfaitement dans ses cordes ; il n’en reste pas moins que la voix a un peu perdu de son onctuosité et de sa ductilité dans le médium et de sa sûreté dans l’aigu, peut-être à la suite de ses imprudentes visites du côté de certains rôles de soprano périlleux comme Maria Stuarda ou Sémiramide, qui laissent sans doute quelques traces. Elle a tendance à compenser ces difficultés vocales par un surinvestissement dramatique souvent gênant, surtout quand elle est filmée en gros plan pour le cinéma... 




Sondra Radvanovsky confirme ici qu’elle est une grande interprète de Norma, sans doute aujourd’hui la plus évidente dans ce rôle si complexe, dont elle maîtrise parfaitement (presque) toutes les difficultés. Elle est toutefois souvent perturbée dans le premier acte par des problèmes d’émission (le trac de la diffusion "all over the world" ?) : on l’entend à plusieurs reprises toussoter pour s’éclaircir la gorge (pendant toute sa première scène et plus tard lors du premier duo avec Adalgisa) ; elle frôle même l’incident au début du Casta Diva où elle semble au bord du craquage, bien esquivé toutefois ; c’est sans doute aussi ce qui explique ses difficultés dans la cabalette (Ah bello a me ritorna) où on la sent très retenue, avec une vocalisation plutôt laborieuse. Heureusement, le second acte la montre en pleine possession de tous ses moyens et elle est vraiment souveraine, tant dans les parties engagées et violentes (Trema per te fellon, Di sangue roman scorreran torrenti...) que dans les moments élégiaques, avec des sons filés et des pianissimi fabuleux (le Son io de la scène finale, par exemple...). Cela dit, j’avoue que j’ai été plus ému par Yoncheva pour sa prise de rôle à Londres l’année dernière, même si évidemment cette dernière n’a pas encore la maîtrise du rôle qu’a montrée lors de cette soirée du Met la diva canadienne, dont on ne peut que saluer chaleureusement la performance, comme le public n’a d’ailleurs pas manqué de le faire. 




J’ai beaucoup aimé aussi la direction attentive et contrastée de Carlo Rizzi, à qui on peut sans doute reprocher quelques tempi parfois un peu trop alanguis, que je n’ai toutefois pas trouvés gênants ; l’orchestre et les chœurs du Met étaient comme d’habitude excellents, pour une Norma sans doute pas inoubliable mais en tout cas très prenante et globalement fort réussie.



2 commentaires:

  1. Oui en effet, beaucoup d'impressions communes ! Sur Rizzi, tu as peut être vu que je me suis fait "recadrer" gentiment par Jérôme de Nancy sur ODB, qui considère que ce sont les tempi normaux de Norma. Je n'ai pas encore eu le temps d'aller regarder tout ça sur la partition mais sur le coup, je n'ai pas été très convaincue par cette battue... alanguie comme tu dis...

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    1. J'ai pu réécouter la captation, et je suis plutôt d'accord avec Jérôme sur ce coup-là ; Rizzi exagère parfois dans la lenteur (pendant le récitatif et le cantabile qui ouvrent le deuxième acte ("Dormono entrambi") par exemple), mais il sait aussi mettre la gomme quand il le faut ; finalement, c'est une direction très contrastée et plutôt convaincante...

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