jeudi 19 octobre 2017

Le Chant des Parques (Gesang der Parzen)




Brahms (1833 - 1897) : Le Chant des Parques, op. 89 (1882), sur un poème de Goethe :





Der Gesang der Parzen 

Es fürchte die Götter 
Das Menschengeschlecht ! 
Sie halten die Herrschaft 
In ewigen Händen, 
Und können sie brauchen, 
Wie’s ihnen gefällt. 

Der fürchte sie doppelt 
Den je sie erheben ! 
Auf Klippen und Wolken 
Sind Stühle bereitet 
Um goldene Tische. 

Erhebet ein Zwist sich, 
So stürzen die Gäste, 
Geschmäht und geschändet 
In nächtliche Tiefen, 
Und harren vergebens, 
Im Finstern gebunden, 
Gerechten Gerichtes. 

Sie aber, sie bleiben 
In ewigen Festen 
An goldenen Tischen. 
Sie schreiten vom Berge 
Zu Bergen hinüber : 

Aus Schlünden der Tiefe 
Dampft ihnen der Atem 
Erstickter Titanen, 
Gleich Opfergerüchen, 
Ein leichtes Gewölke. 

Es wenden die Herrscher 
Ihr segnendes Auge 
Von ganzen Geschlechtern 
Und meiden, im Enkel 
Die ehmals geliebten, 
Still redenden Züge 
Des Ahnherrn zu sehn. 

So sangen die Parzen; 
Es horcht der Verbannte, 
In nächtlichen Höhlen 
Der Alte die Lieder, 
Denkt Kinder und Enkel 
Und schüttelt das Haupt.





Le Chant des Parques

Elle craint les dieux 
La race des hommes ! 
Ils ont le pouvoir 
En leurs mains éternelles, 
Et peuvent l’utiliser 
Comme bon leur semble.

Doublement doit les craindre
Celui qu’ils ont élevé !
Sur les falaises et les nuages,
Les chaises sont prêtes
Autour de tables d’or.

Que s’élève un conflit,
Alors les hôtes sont précipités, 
Calomniés et déshonorés, 
Dans les profondeurs de la nuit, 
Et ils attendent en vain, 
Au coeur de l’obscurité, 
L’équité du tribunal.

Mais eux, ils restent
A leur éternelle fête 
A leurs tables d’or. 
Ils marchent là-haut 
De montagne en montagne:

Du gouffre des profondeurs
S’élève vers eux l’haleine 
Des titans qui suffoquent, 
Pareille à l’odeur d’un sacrifice, 
Un léger nuage.

Les maîtres détournent
Leurs yeux bénis 
De toutes races, 
Et évitent de voir dans leur progéniture 
Autrefois bien aimée, 
Les traits parlants 
De leurs aïeux.

Ainsi chantent les Parques;
Le proscrit écoute, 
Dans la nuit de sa caverne, 
Les chants des anciens, 
Pense à ses enfants et petits enfants 
Et hoche la tête.






Illustrations : en haut et au centre, costumes de Patrice Cauchetier pour les Parques (Hippolyte et Aricie, de J-P Rameau)

en bas, Bernardo Strozzi (1581 - 1644), Le Tre Parche 

3 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas du tout cette œuvre. Merci pour la découverte.
    Et pour les illustrations (très beaux costumes que ceux pour Hippolyte et Aricie).
    PS En voyant 18/10 comme date, j'ai trouvé ça bizarre, et j'ai vu l'heure de publication. C'est le fuseau horaire californien ...

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    1. J'avoue que j'ignorais aussi cette oeuvre avant de l'entendre jeudi dernier dans un concert au TCE, dirigée par Emmanuel Krivine. Ce chœur est vraiment superbe, autant que le trio des Parques d'"Hippolyte et Aricie" qui est une des choses les plus sublimes qu'on ait composées à l'opéra...

      Merci de votre commentaire ; je me demande parfois si ce blog a des visiteurs, je suis heureux de constater que c'est le cas !

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    2. J'ai rectifié pour le fuseau horaire...

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